
La semaine dernière, le 14 décembre 2011, nous avons assisté à la mort en direct du parti de l'Action démocratique du Québec. Il s'agit d'une occasion rare d'observer en direct ce processus et de tenter d'expliquer les rouages.
Simon Boivin du Soleil, dans ADQ: la mort en trois temps, nous parle des trois grandes phases ayant mené à la fin de l'ADQ. Selon moi, il exprime là la raison de l'effritement de l'ADQ, mais pas sa mort. Sans l'apparition de la CAQ, l'ADQ aurait très bien pu savoir rester le parti alternatif numéro un. Mais avec la CAQ dans le portrait comme premier parti alternatif, la joute est bien différente et c'est plutôt du côté de la survie qu'il faut regarder.
J'ai déjà écrit sur la hiérarchie des besoins de l'entreprise, dérivée de la hiérarchie des besoins de la personne de Maslow. On y voit que la survie n'est pas au premier niveau de la hiérarchie des besoins comme pour la personne, mais au deuxième niveau, derrière la création de la valeur aux propriétaires. Mais qu'en est-il de la hiérarchie des besoins d'un parti politique ?

La hiérarchie des besoins d'une ONG (organisation non gouvernemental), dont les partis politiques, associations et regroupements divers, s'apparente beaucoup à la hiérarchie des besoins de l'entreprise.
Comme l'ONG ne sert pas ses actionnaires, mais ses membres, desquels il doit protéger ses intérêts, son premier niveau est quelque peu différent dans sa formulation. Mais on voit avec la mort de l'ADQ que tout comme pour la corporation qui accorde un poids différent à ses actionnaires principaux, l'ONG accorde une importance plus grande aux besoins de ses membres principaux, soit de l'exécutif du parti.
D'ailleurs, l'ADQ risque une opposition de ses membres à la fusion avec la CAQ. Les 2500 membres se prononcent présentement par un vote sur la proposition de fusion. Le scrutin a lieu par courrier et les résultats seront connus le 22 janvier 2012. Nous saurons alors si le parti disparaîtra ou si ce sont les 27 des 32 membres de l'exécutif qui devront quitter le navire pour se joindre à la CAQ. Mais peu importe le résultat, l'ADQ tel qu'on la connaît est déjà morte à partir du moment où son exécutif en a décidé ainsi. Il y aura soit une ADQ en renouvellement complet à partir de zéro, soit une poignée de membres qui voudront se constituer un nouveau parti ou se joindre à un autre parti existant, autre que la CAQ. Dans tous les cas, l'ADQ sera morte.
Mais attardons-nous aux exécutifs du parti qui joignent les rangs de la CAQ. N'ont-ils pas en quelque sorte outrepassé le besoin de répondre aux besoins des membres en ne les consultant pas AVANT de prononcer la sentence de fusion ? C'est la raison pour laquelle des membres de l'ADQ crient à la trahison. Et ils n'ont pas tort, car les membres de l'exécutif ne veulent plus répondre aux besoins de l'ADQ, mais ceux de la CAQ, leur nouveau camp. C'est qu'en fusionnant l'ADQ dans la CAQ, les contributions et la caisse de parti sera automatiquement cédée à la CAQ. De plus, les membres de l'exéctif ont plus de chance d'obtenir une victoire aux prochaines élections et de relancer leur carrière.
On les comprends, car il en va de leurs besoins personnels de survie et d'accomplissement. Ainsi, tous les besoins de la personne ont préséance sur les besoins de l'organisation, lorsqu'ils sont en conflit avec les besoins d'une organisation dont cette personne fait partie.